Bienvenue sur le site dédié à la mémoire de Jacques Panel et de François Curis,
ainsi qu'à leurs familles, oncle, frères et soeurs ayant pris part à la Résistance à Lyon.

Une jeunesse donnée
Ils n'avaient pas 20 ans lorsque la seconde guerre mondiale a éclaté. L'amour de leur pays, la déception de l'Armistice bradé et l'écoeurement devant les troupes allemandes défilant sous leurs fenêtres, les ont poussés à entrer dans la Résistance.
Ils se sont engagés avec toute la force, l'idéal et l'élan de leur jeunesse.
Leurs deux familles ont payé un lourd tribut.
Certains n'étant pas revenus, aucun d'eux n'ayant parlé ni écrit, il est temps désormais de rechercher quel a été leur rôle et leur engagement durant cette période de la 2ème guerre mondiale.
Car on ne peut se contenter du silence comme héritage.
On connait Jean Moulin, Tom Morel, Hélie de Saint-Marc, mais nos grands-parents aussi étaient des héros. N'oublions pas ce qu'ils ont fait pour leur pays. N'oublions pas leur courage et leurs combats. Ils se sont entièrement donnés pour défendre la Vérité et la Liberté. Ils méritent mieux que l'anonymat et l'oubli que leur ont dicté leur humilité et leur discrétion. A nous de rendre vivants leurs exemples et de nous en inspirer.
La Foi, la Vérité et la Liberté, voilà l'héritage qu'ils nous ont transmis par-delà le silence, et dont ces pages voudraient faire mémoire.
Hommage à ceux qui se sont tus
Jacques Panel

Né à Modane le 19 février 1919, Jacques Panel s'engage en 1939 en tant que volontaire dans l'Armée de l'Air. Il y sera officier (personnel navigant, brevet d'observateur) jusqu'en avril 1942, date à laquelle il est démobilisé. Dès juin 1942 il s'engage dans la Résistance lyonnaise et entre à l'Etat-Major de l'Armée Secrète. Il devient fin 1942 l'adjoint d'Henri Jaboulay, chef régional maquis de la région R1. Jaboulay écrira de lui après la guerre « Extrêmement actif, dévoué et courageux, a contribué à l'organisation de l'Etat-Major Régional, à la mise en place de nombreux maquis de la région. S'est dévoué jour et nuit, ne tenant compte ni de sa peine, ni des dangers. A su recruter des chefs, des cadres, et faire organiser des camps de réfractaires des régions dont il avait la charge, malgré les recherches de la Gestapo ou de la Milice. Arrêté, questionné, puis déporté en Allemagne, s'est refusé, en dépit de ses souffrances morales ou physiques, à fournir aucun renseignement à ses geoliers ».
Le 6 mars 1944, il est arrêté 36 avenue Foch, dans une souricière tendue par la Gestapo. Interné à Montluc il est sauvagement torturé par Klaus Barbie durant plusieurs semaines. Le 22 avril il part pour Compiègne avant d'être déporté à Buchenwald le 12 mai 1944, avec 2072 autres détenus, dans des conditions épouvantables. Après une quarantaine au camp des tentes, il est envoyé le 6 juin 1944 au camp satellite de Dora : Ellrich Theatre, puis le 15 juillet à Günzerode, dans une bergerie, avec 800 autres détenus, affectés à la construction d'une voie ferrée reliant Nordhausen à Kassel et devant acheminer les missiles V2. Le 6 avril 1945 commence l'évacuation du camp d'Ellrich Theatre, en train pour les plus faibles, puis à pied dans les « marches de la mort » jusqu'au 12 avril où Jacques Panel arrive à Gardelegen parmi 1016 prisonniers. Le 13 avril 1945, les SS enferment ces hommes dans une grange et y mettent le feu pour les brûler vifs. Jacques Panel y meurt probablement ce 13 avril 1945, la veille de l'arrivée des américains. Il avait 26 ans. Son corps n'ayant jamais été identifié, il a longtemps été porté disparu.
Le 15 octobre 1945, Jacques Panel reçoit la médaille de la Résistance avec rosette. Seules 4586 personnes obtiendront cette disctinction de la rosette sur la médaille de la Résistance. Elle distingue plus particulièrement ceux qui ont exercé de hautes responsabilités de commandement dans la clandestinité (chefs de réseaux, mouvements de libération, maquis) dans des conditions particulièrement risquées et qui ont eu un engagement continu et de longue date au profit de la France libre ou des mouvements intérieurs.
François Curis

Né à Lyon le 22 février 1920, François rencontre Jacques Panel au lycée Ampère en classe de 1ère. Ils deviennent meilleurs amis, avant de devenir beaux-frères (François épousera la petite soeur de Jacques en juillet 1944). Après 2 années de prépa à Ginette à Versailles, il s'engage volontairement dans l'Armée de l'Air en septembre 1939. Formé à Châteauroux puis Toulouse, il sera démobilisé le 11 septembre 1940. Son père, ingénieur des Mines qui a créé une entreprise d'électricité, l'envoie à Grenoble effectuer des études d'électricité. François commence dès ce moment-là à se renseigner sur les mouvements de résistance et écoute radio Londres.
Fin 1942, François rejoint un groupe d'officiers démobilisés qui se mettent au service de l'Organisation de la Résistance de l'Armée (ORA) pour la région de Lyon. De novembre 1942 à avril 1943 il participe à la formation des camps du Maquis de l'Ain et à la mise sur pied d'une compagnie à Marlieux. Il reçoit en avril 1943 l'ordre de rejoindre les alliés en Afrique du Nord en tant que spécialiste aviation, mais il est arrêté par la Gestapo le 18 mai 1943 lors du passage de la frontière espagnole suite à une dénonciation, puis emprisonné à la citadelle de Perpignan. Le 1er juin 1943, il quitte la citadelle dans un wagon voyageurs à destination de Compiègne Royal-lieu. François réussit à s'échapper du train en pleine nuit en sautant par la fenêtre malgré la présence de soldats allemands, se cassant une cheville lors de sa chute. Il rejoint son réseau de résistance à Lyon qui l'envoie dès juillet 1943 dans le Vercors au sein de l'Etat-Major du commandant Le Ray. Il participe le 3 septembre 1944 à la libération de Lyon.

Gabriel Curis, naît à Lyon le 9 mars 1903. Il est le huitième enfant d'une famille de neuf enfants et grandit dans une famille catholique. Très jeune, il manifeste une attirance pour la vie religieuse : il entre au séminaire d'Issy-les-Moulineaux, puis, après son service militaire, rejoint en 1926 l'abbaye de Notre-Dame-des-Dombes, dans l'Ain. Le 8 septembre, il reçoit l'habit de novice, prend le nom de Frère Bernard. Il est ordonné prêtre le 2 février 1928.
Sa vie religieuse est cependant interrompue par la guerre. Il est mobilisé et sert notamment à Mâcon, en Alsace et sur la ligne Maginot. En 1940, après la débâcle française, il revient à l'abbaye.
À partir de 1942, Notre-Dame-des-Dombes devient progressivement un lieu important de la Résistance. Des armes, du carburant et de grandes quantités de matériel militaire y avaient été dissimulés dès juillet 1940 par certains officiers démobilisés, afin que cela ne tombe pas aux mains des allemands. Le père Bernard joue un rôle essentiel dans cette organisation. Il participe à la mise sur pied d'un réseau, notamment avec Robert Lhoste et en relation avec l'Armée secrète d'Henri Romans-Petit. Ce groupe aide des résistants, des réfractaires au STO et des Juifs à se cacher ou à rejoindre d'autres filières. Environ soixante personnes passent ainsi par ce réseau.
Le père Bernard est arrêté une première fois en janvier 1943, après la découverte de citernes d'essence cachées dans l'abbaye. Il est interrogé puis relâché. Malgré les conseils qui lui sont donnés de se cacher, il refuse de fuir, craignant que son départ n'entraîne des représailles contre les autres moines. Il continue donc ses activités de Résistance.
Le 8 décembre 1943, alors qu'il célèbre la messe de l'Immaculée Conception, le père Bernard est arrêté par la Gestapo dans la sacristie. Il est ensuite emprisonné à Montluc, à Lyon, où il subit de nombreuses séances de torture. Malgré les souffrances et son état il dit à ses camarades de cellule : « Ne me plaignez pas ! Ceux qui sont à plaindre, ce sont ceux qui me traitent ainsi. Je leur pardonne et je prie Dieu de leur pardonner. C'est pour la France que nous souffrons ». A ses bourreaux qui le menaçaient de mort il répondait : « Je crois en la Résurrection ! » Son courage et sa bonne humeur lui valent le surnom de « sourire légendaire ».
Le 29 janvier 1944, Gabriel Curis est déporté au camp de Buchenwald, puis transféré au camp de Dora le 13 mars 1944, où sont fabriquées les fusées V2. Déjà grandement amoindri par les tortures infligées à Monluc à Lyon, il ne résiste pas aux conditions de détention extrêmes de ce camp. Atteint de dysenterie, il est ensuite destiné à un transport de prisonniers malades vers Bergen-Belsen où il arrive le 28 mars 1944. Blessé lors d'une attaque aérienne américaine le samedi saint 8 avril, il meurt le 11 avril 1944 des suites de ses blessures. Il est alors âgé de 41 ans.

Née à Lyon le 27 décembre 1922, Anne-Marie est la petite sœur de François, 3ème enfant de la fratrie. C’est par son oncle Gabriel Curis, trappiste à l'Abbaye de Notre-Dame des Dombes et très actif dans la Résistance, qu’elle entre début 1943 au Service régional Maquis des MUR en tant qu’agent de liaison pour le département de l'Ain. Début Novembre 1943, on lui demande d’assister Daisy Martin dans sa lourde tâche de secrétaire des MUR.
Le 7 mars au matin, elle se rend chez Marthe au 36 avenue Foch, là où la veille une grande partie de ses camarades s'est faite arrêtée. Personne n’ayant eu le temps de la prévenir, elle tombe à son tour dans la souricière et se faire arrêter par 2 miliciens français : direction les caves de l’école de santé de l’avenue Berthelot.
Elle est emprisonnée à Montluc jusqu’au 1er mai, date à laquelle elle part pour Romainville. Le 13 mai elle est déportée à Ravensbrück. 4 jours de voyage dans les wagons à bestiaux…
Le 10 juin elle est envoyée au Kommando de Zwodau dépendant de Flossenburg, dans les Sudètes. Elle reçoit le matricule 51479. Elle travaille pour Siemens, dans une usine de pièces d’aviation où elle s’applique à saboter les pièces qui lui passent entre les mains.
Le 1er mai 1945, commence l'évacuation du kommando dans les marches de la mort. Pendant 7 jours, Anne-Marie va suivre ce cortège de survivantes pour finalement revenir à Zwodau, où les geôlières s’échappent devant l’arrivée des alliés. Le 7 mai les canadiens arrivent à Zwodau. Le 13 mai Anne-Marie est rapatriée par les américains avec l’ensemble des françaises. Il lui faudra 5 jours pour atteindre Paris le 18 mai 1945 où elle arrive à l’hôtel Lutetia. Elle a 22 ans, elle pèse 38 kg, le médecin lui en donne 50. A son retour à Lyon, son frère Jean ne la reconnaît pas et elle apprend que son père est mort sous les bombardements alliés à Lyon un an plus tôt…

Personne n'a jamais parlé de l'engagement de Simone dans la Résistance. Pourtant 2ème d'une famille très engagée, très proche elle aussi de son oncle Gabriel Curis, elle a également pris sa part. Sa soeur Anne-Marie a elle-même témoigné à un petit fils, qu'elle était initialement entrée dans la résistance le jour où elle avait dû remplacer Simone dans une mission parce que celle-ci était clouée au fond de son lit avec une pneumonie. Par ailleurs, l'Enseigne de Vaisseau Jean Lenglet -qui avait été fait prisonnier avec François Curis en mai 1943 en tentant de passer la frontière espagnole- écrira dans son récit en parlant des Curis "leurs filles s'occupaient activement, allant chercher des réfractaires en gare de Lyon et les conduisant dans les villes où ils pouvaient se cacher". Il ne mentionne pas une fille plutôt qu'une autre. Et les filles en âge de pratiquer ce genre d'activité dans la famille étaient bien Simone et Anne-Marie. Enfin lorsqu'en mai 1943 Geneviève Panel se pose la question de la manière de soutenir son frère Jacques dans la résistance, son fiancé François Curis la supplie si elle décide de s'engager dans la résistance de ne jamais y aller seule mais de se faire accompagner de Simone: "Chérie, lorsque vous aurez lu mes dernières lettres, vous aurez décidé ce que vous deviez faire. Je voudrai vous demander une dernière chose. Si vous avez dit oui à mon beau-frère et que cela vous oblige à voyager, ne le faites pas seule, mais au moins avec Simone. J'espère que cela n'arrivera pas trop." 15.05.1943

Né à Modane en Savoie le 31 octobre 1921, Alain Panel est le petit frère de Jacques. Au début de la guerre, il suit une Licence de droit et une Licence de Sciences Politiques avant de s'engager dans la Résistance fin 1943.
Il prend part aux Maquis de l'Ain et aux violents combats de février et juillet 1944 qui opposent les groupes francs du Colonel Romans-Petit aux armées allemandes. Après la libération de la zone sud, il rejoint l'École d'Uriage qui a rouvert pour former les cadres de la Résistance. En novembre 1944, dans le cadre de sa formation à Uriage, il est envoyé sur le front d'Alsace au sein de la 1ère Armée française du Général de Lattre de Tassigny. Il meurt pour la France le 29 novembre 1944 à Guewenheim, à l'âge de 23 ans, lors de violents bombardements. Il reçoit à titre posthume une citation à l'ordre du corps d'armée et est décoré de la Croix de Guerre avec Étoile de Vermeil.
Contact
N'hésitez pas à partager par e-mail tout commentaire, toute information que vous auriez au sujet de l'un des membres de ce site. Merci